Souvenirs - Festival 2007

Voici quelques réactions du public de cette année 2007, ainsi que des photos et liens des artistes programmés :

"...du slam puissant et captivant, révolté et tendre
jusqu'aux superbes accents des voies de femmes suaves, rageuses, douces
et sublimes accompagnées de musique des sphères, sans oublier la
traversée avec Artaud et Bataille ni la pause de savoureuses nourritures
mêlées aux rythmes de danse, d'accordéon, de chants populaires, et
l'écoute vibrante de tous-les-réunis de ce soir là, les sons, les
parfums,  les voix de tous se sont merveilleusement et vigoureusement
enlaçés sous la lune, sur ce coin de terre à Fabrezan ! ...
" MPL

 

vidéo 2007 de Georges Combes ( merci ! )

« Un festival dingue où les idées reçues valdinguent, le festival Son MiRé, a fermé les portes de la Chapelle de Fabrezan, dimanche 26 août.

Vendredi 24 dans l’après-midi, l’organisateur, André Dion, épaulé de Clotilde Rouchouse, Yoan Samblanet et Patrick Abeillé, ouvrait les festivités à 16h, sur la place des marronniers, au centre du village. Une charmante interprète occitane, Aure Séguier, de Canet d’Aude, restera à ses côtés, toute la durée du festival. Sa mission : présenter les artistes et leurs œuvres, dans la langue de chez nous, à la demande d’André Dion, fervent défenseur de la diversité des langues dans le monde entier. C’est Laurent Cavalié, chanteur occitan de renom, qui donnera le « la » à ce festival, en présentant une partie de son répertoire et en accompagnant les danseurs de la compagnie « Portes Sud » de Penautier. Vint ensuite, la pseudo présentation du programme par Mylène, sous la forme de conversations autour du festival, dans un style café-théâtre : « A ce qu’il paraît ». Autrement dit :une avalanche de paroles recueillies ou imaginées, chez les habitants de Fabrezan dont les goûts et les couleurs sont à dix mille lieues de ce qui est en train de se passer dans « leur » Chapelle. Sans jamais dénigrer qui que ce soit, c’est sous le sceau de l’humour, et beaucoup de tendresse que la comédienne a égratigné les uns (perplexes)… et les autres (artistes).

Le soir, sur le chemin de Ste Elisabeth, on apercevait au loin sur la colline, une guirlande multicolore scintiller…La Chapelle Notre Dame de Consolation avait mis sa couronne pour accueillir , des artistes de haut niveau, chanteurs, danseurs, musiciens, electroacousticiens, compositeurs de musique expérimentale… L’électroacoustique, qu’es aco ? « Une technique de la production, de la transmission, de l’enregistrement et de la production… » Concrètement… ? Il faut y aller, s’asseoir sur des chaises longues installées dans le cloître (avec une expo de Prune Phi et Serge Griggio) de la chapelle. Il faut fermer les yeux et écouter…Auparavant, ne pas oublier de laisser ses préjugés au vestiaire ou sur le chemin. Ne pas comparer, se laisser aller. Au rendez-vous, pas de Chopin, pas de Vivaldi, pas de chanteurs connus ou à la mode. Seuls des sons et des voix emplissaient le lieu. Ce vendredi soir, la Chapelle devenait l’écrin de 2 œuvres en création mondiale de François Fayt, avec une soprano à la voix (écoutez !) renversante : Noëlle Courtis sur des sons mémorisés de André Dion (Andrew pour les intimes) ; avec Jean-Philippe Courtis et le conservatoire d’Amiens (dirigé par Jean-Paul Penin !), une performance, le Stabat Mater (écoutez un extrait ! Pour l'intégral, contactez-nous) forçant l’admiration (cette soirée fut introduite par un film de Jean-Paul Quinsac sur un quatuor de F.Fayt).

Après l’ouie, c’est la vue qu’on sollicite à travers le regard tendre de la photographe Anne Montaut, sur les habitants de Fabrezan, touchés par le thème abordé « mère-fille » visiblement très sensible. Un film émouvant (réalisation Anne Montaut, image Hélène Sauvat, son Clotilde Rouchouse), comme les photos qui décorent le village, accrochées aux platanes. Un recueil de photos anciennes, réalisé par David Samblanet, retraçant la vie et la mode vestimentaire des fabrezanais dans les années 60, a passionné et amusé les spectateurs.Eric Sinatora, par le témoignage de néo-fabrezanais, a dévoilé comment et par quoi ils ont été séduits par Fabrezan. La soirée se terminait sur trois films d’animation.

Le samedi, en début d’après-midi, la Compagnie de danse « Portes Sud » évoluait au milieu des visiteurs avec originalité, sincérité et sensualité, foulant la terre et les cailloux avec une grâce infinie. Là encore, pas de stéréotype. A 14h, une approche de l’electroacoustique avec le concert expérimental : Anxieux Dézoreilles I° d’Henri Demilecamps et Iris Lancéry (voix), était destiné aux enfants. Puis Cinq femmes symbolisant les cinq éléments (le bois, le feu, la terre, le métal et l’eau) ont réalisé des enchaînements de Qi Gong (travail du souffle, pratique traditionnelle chinoise rattachée à la médecine) sur les sentiers autour de la Chapelle .Oscillant entre le yin et le yang, les promeneurs spectateurs médusés, sont restés « zen » malgré la chaleur.

Le professeur, Elke Fielder une ex- néo- fabrezanaise , et sa collaboratrice firent également une démonstration de Taïchi. (postures aidant à combattre le stress et la fatigue, améliorant la souplesse et renforçant le tonus musculaire) dans la cour au son et au rythme de la voix envoûtante de la jeune Lison, à l’ombre du cèdre majestueux (cette balade est une réalisation de Pierre Fernandés, concepteur, dramaturge et metteur en espace de ce spectacle "Fleur d'écume").18H Flûtes (Etienne Lecomte) voix (Kiyoko Okada) concert (de Sophie Lacaze, écoutez ! ) d’excellente qualité, était donné devant un auditoire assez nombreux.

Le soir tombait doucement sur la pinède et les gens se pressaient autour du repas que leur avait concocté les cuisinières de « Terre de Sorcières », écoutez-les, elles chantent aussi !. Les danseurs de la Compagnie Portes Sud, sur le son d’accordéon de Laurent Cavalié, revenaient bercer les spectateurs, leur susurrant de jolis mots au creux de l’oreille, ainsi que Bruno Capelle et ses installations sonores. A 21h Théâtre et Anthropologie « Lucy dans le champ des étoiles » un texte de Jean-Paul Cathala interprété par Jp Rigaud et Tiziana Di Monte. Pas évident de faire décoller pour le firmament, un public sur une autre planète depuis quelques heures, malgré une respectable prestation. En revanche « la carte blanche à Laurence Wagner » et ses danseurs ont propulsé les spectateurs au 7° ciel. Une excellente chorégraphie moderne, décapatante, décoiffante, pour des corps enragés, enlacés, détachés. « osco » comme on dit bravo en occitan (c’est Aure qui l’a dit ! !). Le nec plus ultra, était encore à venir à 23h30 alors qu’il était déjà grand temps de quitter la Chapelle. Soudain, un hurluberlu et son « vaisseau » débarque dans le cloître. L’auditoire plongé dans la pénombre devra attendre quelques minutes, le temps pour le capitaine de « préparer » son piano. Lionel Malric, tout jeune compositeur, a semble-il vidé sa trousse à outils(vis, gomme, capsule en tout genre, cuillère en plastique) et autres accessoires, qu’il va glisser ingénieusement entre les cordes de l’instrument afin d’obtenir des sons différents. Fin prêt, l’artiste démarre son improvisation « solo pour 227 cordes » et embarque les auditeurs pour un voyage inattendu dans un océan de sons enivrants. Un pur bonheur pour les oreilles et l’imaginaire.

Le troisième et dernier jour, concerts, poésie, musique se sont succédés sous la canicule. A 14h départ pour une balade sur les sentiers de la chapelle et de l’époque arabe-wisigoth-occitane, racontée par Thomas Charpentier, à l’air chaud et sur l’air des chansons de berger et autres chants populaires occitans de Laurent Cavalié.

A 16H un concert poésie par Syntax, ensemble contemporain, retraçant l’ambiance pesante d’un atelier de filature. L’idée (de Vincent Laubeuf) et interprétation originales, laissant pourtant le public dubitatif. A 17h30, à l’abri du cèdre, une lecture des « Aristofanadas Femnas al polder » (de Marceau Esquieu), adaptation d’Aristophane, par la Cie La Rampe. Excellent moment de théâtre au bon goût de la langue de chez nous, orchestré par l’excellent et le passionné Claude Alranq. « osco!». On n’en avait pourtant pas fini avec le talent et la qualité du verbe. Damien Noury et Antoine Faure sont venus dire de la Pulse poésie issue du slam. Un flot de mots, beaux et de maux réduits à zéro…la sensibilité à fleur de peau.

Le dernier soir, réservait-on une surprise ? On s’attendait à tout puisqu’on en avait pris plein les oreilles de l’électroacoustique et de « l’acousmatique » comme dirait Pythagore. Or tout cela n’était rien, à côté des dramaphonies d’Alexandre Yterce...Comment décrire ce qui a été interprété au sein de cette Chapelle aux murs décidément solides et aux oreilles chastes ? Yterce, cet artiste illuminé, par sa passion et par la pleine lune, sincère, a follement, mais « justement » interprété des textes tirés du « théâtre de la Cruauté » d’Antonin Artaud, poète surréaliste, sur des sons et des voix enregistrés. L ‘auditoire lui, a su toute raison garder. Enfin un concert de clôture avec une lecture d’un texte gaulois, écoutez ! (rarissime)sur une pièce électroacoustique très riche d’André Dion. Des voix féminines, celle, inspirée par les chants de Tuva en Mongolie, de Myriam Mir , écoutez ! sur les sons des gamélans (percussions javanaises de Mark Lockett) et celle, s'accompagnant aux bols de cristal, d'Oum Hani Chkouda, écoutez ! (proche du son des dunes de sable), instruments d’une grande beauté.

Un monde curieux pour les néophytes, qui bouleverse, renverse les mentalités, choquent, entrechoquent les idées reçues. On ne ressort pas indifférent de ce « festival heureux », mais aussi « valeureux » que soient les organisateurs, le public local n’était pas nombreux. André Dion, l’homme « orchestre » de cette manifestation de haut niveau, connaît bien et aime les artistes. Il a su leur trouver un berceau de rêve en la Chapelle de Fabrezan. Mais son rêve à lui ne serait-il pas de convaincre les plus réticents, que l’électroacoustique, ce n’est pas si sorcier…que « l’appétit vient en mangeant », que le plaisir vient en écoutant. »

MV

 

Article paru dans l'Indépendant et le Midi Libre:Première partie: mardi 4 septembre 2007, Deuxième partie: lundi 10 septembre 2007

«  Un grand merci encore pour ces trois jours de bonheur.

Aujourd'hui, les sons, les voix, se mêlent, créant dans ma mémoire un dernier spectacle fait de couleurs, d'odeurs, de paysages, d'atmosphères particulières où s'entrecroise le monde des arts dans sa plus grande diversité.

(...) La parole donnée à Aure (présentatrice occitane) nous plongeait dans la musique du langage de ce pays reliant le passé avec le présent, nous reliant par là-même à cette terre, ces murs, ce lieu beau et vivant, riche de son histoire. Même si on ne comprend pas cette langue occitane, ce qui est mon cas, nous donner l'occasion de l'entendre est une excellente idée -tout comme de projeter les films sur les gens d'ici et d'afficher des photos de famille au sein du village. Non seulement c'est une manière de les intégrer à ce festival, mais c'est aussi pour nous visiteurs l'occasion d'entrer dans ce village un peu comme on entre dans une famille.On entre dans une semi-intimité puisque les villageois sont photographiés à la fenêtre de leur maison, comme si nous avions eu le droit d'entrer chez eux pour voir la photo de famille posée sur le buffet. J'ai beaucoup aimé ces photos. On sent le chaleureux contact que le photographe a établi avec les familles qu'il photographiait. J'ai particulièrement aimé celle de la mère qui regarde sa fille, qui elle-même a le regard posé sur sa petite soeur qu 'elle tient sur ses genoux. Un regard bienveillant, doux et tendre comme un fil conducteur qui réunirait ces trois générations de femme nous promenant dans le même temps du passé au présent.

(...) J'ai aimé l'ouverture du festival sous les marronniers. A l'image des saltimbanques, de par les ruelles la musique venait à nous, colorée de la voix chaleureuse de Laurent Cavalié et des sonorités familières de son compagnon accordéon. Mylène avait concocté une petite merveille faite de clins d'oeils, d'humour et d'un brin de sauce piquante très fantaisiste. Une belle présence -un réel amour de ce pays et des gens d'ici.

(...) Les repas étaient une féerie des sens ! Bruno Capelle, Laurent Cavalié, et les danseurs nous y proposaient tout en douceur des fragments de volupté. La cuisinière et son équipe étaient aussi douées pour nous mijoter de bons repas que pour nous servir avec gentillesse.

(...) Vendredi 21 h, ce film ( de J.PierreQuinsac, sur un Quatuor de François Fayt) très beau et très apaisant, une belle mise en condition d'écoute, magnifique jeu des transparences à travers l'eau qui court comme au fil du temps qui passe. Les sons se posaient à la surface de l'eau et suivaient d'un mouvement fluide ce parcours de vie. Ma mémoire a gardé une très belle synchronisation du son et de l'image au point que je ne dissocie plus aujourd'hui l'un de l'autre.

(...) Pour le Stabat Mater, je me suis laissée bercer par les voix, les harmonies, la grande qualité artistique du travail. Au trois-quart du du concert j'ai été étonnée -non, impressionnée plutôt, par un moment particulier où le choeur atteint comme une performance par des sonorités -étrangement à la fois en accord et désaccord, où le son évoluait comme une vague déferlante traversant le choeur dans le sens gauche-droite avec une force extraordinaire. La voix de Jean-Philippe Courtis avait une très belle résonnance et prenait tout l'espace, une voix protectrice à travers une bataille de sons synthétiques.

Les films qui ont suivis clôturaient la journée comme un retour au village vers la place des marronniers : j'ai beaucoup aimé les photos qui volent au vent où une image fugitive remplace l'autre tout aussi fugitive. Autant que les portraits d'enfants et la parole donnée aux gens d'ici et à ceux venus s'installer ici à Fabrezan. Et parmi le public,durant toutes ces projections, j'entendais les gens reconnaître les leurs et se remémorer le plaisir passé.

Samedi, 14h. “Anxieux Dézoreilles” et c'est de la pure magie. Du début à la fin je me régale, même quand je vois le spectacle deux jours de suite. C'est dire qu'il fonctionne bien. Belle histoire où de façon sous-jacente et subtile on nous invite à aller à la découverte de l'inconnu vers la liberté plutôt que de s'enfermer dans l'immobilité et la peur. Ce spectacle m'a fait penser au “Roi et l'Oiseau”. C'est un beau cadeau pour les oreilles de nos enfants (et les nôtres) bien trop submergées par la cacophonie des bruits. Les mimiques d'Iris Lancéry m'ont fait mourir de rire. Dans ma mémoire, j'ai d'ailleurs involontairement énormément fixé d'images d'elle frôlant le burlesque. Le jeu avec la machine à manettes est très ingénieux ; l'ensemble du spectacle est une initiation fabuleuse à l'écoute.

(...) Balade sur le sentier, présentation des cinq éléments d'un rituel de la médecine chinoise. A nouveau, un moment très apaisant où l'on navigue dans un univers visuel et sonore en harmonie. Le son donne de l'ampleur aux mouvements -toujours dans l'accommpagnement. Comme le mouvement précède toujours le son et continue après sa disparition, on garde en soi le mouvement qui se transmet comme une chaîne de l'un à l'autre des éléments...souvenirs de plénitude, d'espace, de paysage et de vie reliant l'être à l'univers.

Puis “Duo” de Sophie Lacaze, très belle voix de Kiyoko Okada et magnifique travail de sons mémorisés qui entrent en résonnance, se dédoublent, s'entrecroisent...Pour “Voice of Australia”, je me suis laissée aller au plaisir de l'instant : les chaises longues, le ciel ouvert, les arbres et la pierre chaude sous les pieds. Une infinie douceur pour nous laisser porter à l'écoute...L'histoire de son travail, un enregistrement basé sur des voix lors d'un 1er de l'an, que Sophie nous a conté, m'a permis de mieux comprendre la répétition de certaines phrases qui revenaient comme une ritournelle (en rapport avec le rituel de cette fête).Pour “Archélogos I et II” cela m'a fait penser aux spectacles de l'Ircam que j'avais eu l'occasion d'écouter quand je travaillais au centre G.Pompidou dans les années 80-85 ; des sonorités surprenantes parce que désincarnées de la fluidité que l'on a l'habitude d'entendre.

Puis...du théâtre, “Lucy” ; j'ai beaucoup aimé le jeu des acteurs et l'histoire, qui nous ramène à la prise de conscience du temps, de ce que nous en faisons, de la manière dont l'Histoire nous est transmise à travers les manuels, de ce qu'il en reste aujourd'hui et ce qu'il en restera demain pour nos enfants. La chaise longue renversée ouvre la voie vers un monde à l'envers, puis la table se renverse et le temps se fait à rebours...

Puis “Carte Blanche” à Laurence Wagner : je n'ai pas su décripter le rapport de l'image à la gestuelle des danseurs. Trop hermétique pour moi.

Enfin, petit bijou de fin de soirée où notre curiosité côtoie le bonheur de connaître les ficelles de cet instrument, le piano, si noble, transformé pour émettre des sons les plus éclectiques grâce à des objets les plus divers ; Lionel Malric maîtrise son instrument à merveille, avec une précision étonnante. Il nous entraine dans des variations de rythmes incroyables où l'on baigne tantôt dans la frénésie, tantôt dans des sons distillés au compte-gouttes : merveilleux travail.

Dimanche, 14 h.Balade sous le soleil dans l'histoire de ce pays. Entre Thomas Charpentier et Laurent Cavalié (toujours en finesse dans sa prise de parole musicale), on apprend beaucoup sur le passé de ce lopin de terre.

Concert Syntax sur la filature ; performance musicale riche en trouvailles, en sons provenant d'instruments désossés, impressionnante virtuosité des musiciens, capable de se repérer dans ce dédale de sons désarticulés. Mais la monotonie issue du parti-pris de dire le texte sur un ton monocorde m'a fait souvent perdre le sens de celui-ci.

Aristofanadas, et la belle prise de parole de Claude Alranq, d'une grande authenticité, d'une grande ferveur, comme une nécessité d'exprimer le danger d'un monde en fermeture, en rétréci vers l'individu et non en ouverture vers le groupe -le partage. Grande surprise pour moi de me rendre compte que l'on peut suivre assez aisément une histoire en langue occitane sans connaître l'occitan, le dernier extrait lu étant particulièrement drôle -un peu comme une farce.

“Pulse-poèsie”: très bonne idée que cette expression poétique des jeunes au milieu de cette programmation musicale. C'est un travail de grande qualité que j'ai énormément apprécié.

Artaud....pari audacieux de la programmation. Le comédien est à la hauteur du rôle, très imprégné et sûrement autant attiré par la vie d'Artaud -sa douleur et sa volonté tenace d'exprimer son intérieur si tracassé, travaillé par les tourments. Rappeler que l'on étouffe toutes pensées trop éloignées de son époque, rappeler que l'on étouffe toutes les âmes trop sensibles et rebelles à se couler dans le moule de notre société, est plus que jamais nécessaire. Je mesure maintenant seulement l'écho que ce spectacle a laissé en moi ; la nécessité de laisser chacun exprimer ses bouleversements intérieurs, d'arrêter la censure systématique de toute idée ou expression non-formatée, est dite tellement fort qu'on est comme sous le choc -presque comme un électrochoc. Il me revient en mémoire la force et l'intensité des bruits et des pas qui martèlent l'estrade, l'éclat du bâton qui se rompt et se pulvérise en petites particules sur les spectateurs. On est presque plus dans l'expression de la douleur. On est dans la douleur même.

Par contre, comme nous l'avons tous ressenti, le temps de silence a manqué entre ce spectacle dense et le suivant ; il aurait fallu un temps de repos -un temps mort -sans lumière -un temps vide.

Concert de clôture : l'ordre des trois oeuvres musicales m'a semblé former un tout donnant une impression d'élévation vers le cosmos, une progression ascendante de la terre vers le ciel : “Cûchulainn” serait la terre, et je garde une sensation étrange comme l'entrée dans une arène...

“De Java à Tuva” serait l'eau, et le gamelan aux résonnances aquatiques donnait la respiration au chant aérien de Myriam Mir (comme des cris d'oiseaux qui tourbillonnent au loin dans la nuit) puis, “Dunes”, qui serait l'ouverture vers l'univers cosmique, avec les boules de cristal blanches (comme des lunes) en résonnance avec la voix de Oum Hani Chkouda, son corps drapé de blanc et la lueur de la pleine lune au travers du feuillage...tout cela formait un ensemble qui donnait l'impression de vibrations en diffusion dans l'air. Des vibrations sonores auxquelles je suis très receptive par magnétisme. En ce qui me concerne, on ne pouvait pas mieux clôturer “l'univers du son” qui passe à travers nous en faisant en nous son chemin.

Pour ce grand voyage, merci à toute l'équipe du festival.

PR

Festival Son Miré
6, 7 et 8 Septembre 2019

Musique, théâtre, poésie, vidéo, photo, dégustation de vin, ...

Village de Fabrezan dans l’Aude, à 5 km de Lézignan-Corbières.
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Informations :

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Texte à méditer :

Le défaut des Européens est de philosopher sur les origines d'après ce qui se passe chez eux

J.J.Rousseau, écrivain