Texte à méditer :  Qui canta, pensa.
   Proverbe audois

Infos

Capdeville Claudine exposera en 2010 dans les rues de Fabrezan ses photographies sur        Le Regard Eloigné, s'ajoutant à celles d'Anne Montaut, Éric Sinatora, David Samblanet et Francis Porras.

Les ateliers de Cépages d'Encre autour de Tony Harrison et C.Guerre prépareront la venue du poète Claude Guerre le 15 mai.

L'atelier du Grand Chahut Collectif est ouvert à tous ceux de 7 à 12 ans qui veulent participer à cette création musicale.

Programmes & Bilans

Fermer 12 avril 2004

Fermer Festival 2004

Fermer Festival 2005

Fermer Festival 2006

Fermer Festival 2007

Fermer Festival 2008

Fermer Festival 2009

2004/5/6...ou voir Bilans

Fermer Balades

Fermer Conférences

Fermer Poèmes

Fermer Sons

Fermer Textes

Fermer Théâtres

Fermer Visuels

Le GRECA

infos diverses

"Anxieux Dézoreilles 1er" conte électroacoustique d'Henri Demillecamps et Bernadette Boucher (ils sont de retour de Normandie !) tournée2010 

"Requiem; les 7 Visions" d'André Dion (voir note), disponible

"Le Dernier Sonnailleur" (extrait vidéo) d'André Dion, avec L.Cavalié, J.F.Tisner, Benat Achiary, Christian Coulomb (soutien Réseau en Scène LR),
le CD est sorti !     10 € frais de port compris le_greca@yahoo.fr  concert prévu le 22 août 2010 à Nay

"Aucassin et Nicolette"d'André Dion,disponible

"Symphonie 1 DO €"  d'André Dion, intégrale, disponible

Les classes découvertes acousmatiques continuent sur Leucate, avril, mai, juin 2010

André Dion dirige la classe électroacoustique du CRR d'Amiens où il donne des concerts : Cathédrale, Cirque Jules Vernes, Bibliothèque Aragon, Musée, etc...

Co-production pour le ballet Fuite, F8 d'Angélique Maunier, musique Charles Doublet

Conférences - Luc Charles-Dominique, anthropologue 2004

 

Conférence de Luc Charles-Dominique,

anthropologue

le 1er septembre, 15h30

Festival du Son MiRé, Journées Haut-Parlantes 2004

(ce texte écrit n'est pas rigoureusement ce qui a été dit...)

 

DE RIVARÈS A CANTELOUBE : LE DISCOURS ET LA MÉTHODE DES « FOLKLORISTES HISTORIQUES »

LANGUEDOCIENS ET GASCONS

D’APRÈS LES PRÉFACES DE LEURS ANTHOLOGIES *

LES COLLECTEURS, LEURS MOTIVATIONS,

LEUR PRÉOCCUPATION ESTHÉTIQUE

Le cadre de cette étude

L’aire géoculturelle ici envisagée comprend, pour la Gascogne, le Médoc, le Bazadais, l’Albret, les Landes, le Béarn, la Bigorre, le Couserans, tous les « pays » dits de « Gascogne de plaine » compris entre les Pyrénées au Sud et la Garonne au Nord, entre les Landes à l’Ouest et le Pays Toulousain à l’Est. Cependant, je n’ai pas considéré ici la Lomagne et tout le Quercy dans son ensemble. Le Languedoc, lui, comprend le Lauragais et tout le Haut-Languedoc, ainsi que le Bas-Languedoc.

Le corpus des collecteurs et de leurs anthologies

Si je me suis limité de la sorte et ai exclu le Quercy (qui « déborde » souvent, dans les anthologies de collecteurs, vers les terroirs du Nord, Limousin ou Auvergne), c’est parce que le corpus des collecteurs recensés dans l’aire gasco-languedocienne ainsi définie est impressionnant. Gérard Carreau (1) a recensé pas moins de 61 collecteurs sur ce domaine composite. Bien sûr, tous ne sont pas à considérer au même niveau : certains ont été immensément prolifiques, d’autres ont fait preuve d’un travail quasi insignifiant. Cependant, en Gascogne comme en Languedoc, le phénomène de la « collecte des poésies populaires de la France » a connu une ampleur indéniable.

La notion de « collecteur historique » ici employée est à double sens. D’une part, elle entend se démarquer du mouvement de collecte qu’ont connu ces deux régions au cours de ces trente dernières années, et que l’on a coutume aujourd’hui de désigner par revival. D’autre part, le mot « historique » me semble le mieux refléter la longévité de ce mouvement, puisque la collecte des chants populaires gascons et languedociens a débuté bien avant le fameux décret de Fortoul de 1852 (selon Jean-François Bladé, elle aurait débuté en Gascogne en 1806) et s’est prolongée jusque vers les années 1950.

Les dates de naissance de ces collecteurs s’étalent sur plus d’un siècle, de la décennie 1770 à la décennie 1880. Cela met en évidence quatre générations de collecteurs : une première, née dans la décennie 1790 (4 collecteurs) ; une deuxième, importante, née dans la décennie 1810 (10 collecteurs) ; une troisième, dans la décennie 1840 (7 collecteurs) ; une quatrième, dans la décennie 1870 (7 collecteurs). Ces quatre générations totalisent presque la moitié du nombre total de collecteurs recensés (28 collecteurs sur 61). Avant la première génération de 1790, seulement 2 collecteurs naissent sur les décennies 1770 et 1780, ce qui est négligeable. Par ailleurs, on manque de données biographiques précises pour 14 des 61 collecteurs. Les autres se répartissent entre ces quatre générations.

Si les collecteurs sont nombreux, ceux qui ont publié leur œuvre sont plus rares. En effet, certains collecteurs, comme Alma-Rouch (1870-1899), Frédéric Nicot (né en 1816) ou encore Pierre Hortala (beaucoup plus récent) ne sont répertoriés pour avoir recueilli qu’une seule chanson ! D’autres ont réalisé de petites collectes, quelques chansons tout au plus, qu’ils ont également envoyées à des revues, notamment Les Chansons de France, vers la fin du siècle dernier, ou à des revues locales de sociétés savantes. D’autre part, parmi ces 61 collecteurs, nombreux sont ceux qui n’ont pas collecté pour leur compte et n’ont rien publié pour eux-mêmes : ils n’étaient que les correspondants de folkloristes importants, comme Jean-François Bladé ou Louis Lambert, dont le travail s’appuyait sur de solides réseaux d’informateurs. Ce dernier, à lui tout seul, possédait 9 correspondants recensés parmi les 61 collecteurs de notre corpus. Enfin, plusieurs collecteurs ont réalisé des collectes non négligeables (Gaston Sacaze né à Bagès-Béost en 1797, Alexandre Rivals né en 1849 à Lagrave dans le Tarn, Auguste Teulié né à Rabat en Ariège en 1861) mais qui n’ont pas été publiées, sont restées à l’état de cahiers manuscrits et, pour certaines, se sont perdues.

En fait, le nombre des anthologies publiées est assez peu important - même si en regard des 61 collecteurs de notre corpus, il reste proportionnellement assez élevé - : on en compte 18, dont 15 sont considérées, à des degrés divers, comme importantes. Ces 18 anthologies sont les œuvres de : Félix Arnaudin (1844-1921), Jean-François Bladé (1827-1900), Justin Cénac-Moncaut (1814-1871), Anarchasis Combes (1797-1877), Couaraze de Laa (1812- ?), Léopold Dardy (1826-1901), Paul Fagot (1842- ?), Gaston Jourdanne (1858-1905), Marcel Lacroix (1877-1948), Jacques Lamarque de Plaisance (1813-1880), Louis Lambert (1835-1908), Achille Montel (1841-1900), Jean Poueigh (1876-1958), Théodore Puymaigre (1816-1901), Frédéric Rivarès (1812-1895), Norbert Rosapelly (1853-1931), Sylvain Trébucq (1857-1930), Jean Vieules (1810-1893), Emile Vignancour (1797-1873).

Si l’on voulait replacer ces anthologistes parmi les quatre générations de collecteurs mises en évidence plus haut, nous aurions :

- 1ère génération (nés dans la décennie 1790) : Anarchasis Combes, Emile Vignancour,

- 2ème génération (nés dans la décennie 1810) : Jacques Lamarque de Plaisance, Théodore Puymaigre, Frédéric Rivarès, Couaraze de Laa, Justin Cénac-Moncaut, Jean Vieules,

- entre la 2ème et la 3ème génération : Louis Lambert, Jean-François Bladé, Léopold Dardy,

- 3ème génération (nés dans la décennie 1840) : Achille Montel, Paul Fagot, Félix Arnaudin (Arnaudin se déclarera d’ailleurs « collecteur attardé »),

- entre la 3ème et la 4ème génération : Gaston Jourdanne, Norbert Rosapelly, Sylvain Trébucq,

- 4ème génération (nés dans la décennie 1870) : Jean Poueigh, Marcel Lacroix.

Cet examen historique n’est pas dénué d’intérêt. On constate en effet que la très grande majorité des anthologistes sont nés entre 1810 et 1844, période courte mais importante dans l’histoire du romantisme européen, avec notamment l’apparition d’un intérêt marqué pour la mémoire musicale et littéraire, celle de l’oralité populaire mais aussi celle, plus ancienne, de la production médiévale troubadouresque. Par ailleurs, ces collecteurs, qui ont été en état de travailler et de publier, grosso modo, de 1835 à 1880, ont été concernés, pour la plupart, par l’enquête du ministre Fortoul et par les initiatives de ses prédécesseurs immédiats.

Sociologie des collecteurs :

L’immense majorité des collecteurs occupe une situation de notabilité sociale et intellectuelle. Ils sont alors hommes de lois (avoués, docteurs en droit, avocats, magistrats), instituteurs, professeurs, pasteurs, abbés, médecins, maires, conseillers généraux, fonctionnaires. Certains exercent une profession en rapport avec le monde littéraire ou musical : on compte, en effet quelques rares éditeurs, compositeurs, organistes…

Beaucoup plus rares sont ceux qui ont une origine sociale modeste. Albert Arnavielle (1844-1927), qui collecte pour Lambert, est fils de menuisier. Achille Montel (1841-1900), le fameux partenaire de Louis Lambert, est fils de cafetier. Gaston Sacaze (1797-1893) est d’abord berger, avant de devenir poète, chansonnier, botaniste et géologue. Marcel Lacroix (1877-1948), de Bazas, se dit paysan. Jan Palay et son fils Simin (respectivement 1848-1903 et 1874-1965), de Bigorre et Béarn, sont tous deux tailleurs, avant d’exercer d’autres états. Quant à Pierre Lambert, mort à Port-Sainte-Marie en 1879, son point de vue de folkloriste est à la fois particulier et passionnant. Ce collecteur gascon, qui a rédigé deux cahiers manuscrits qu’il a lui-même envoyés au Comité Historique en 1869 et dont Bladé s’est servi, était fils de cordonnier et se déclare « ménétrier » lors de son mariage !

L’affirmation de l’altérité sociale et culturelle

En règle générale, les collecteurs appartiennent aux classes dirigeantes et cultivées. Leur intérêt pour la collecte les place dans une situation paradoxale : il s’agit, en effet, de lettrés qui travaillent sur l’oralité, d’individualités fortement repérées (et repérables) qui découvrent l’anonymat et l’impersonnalité de cette production musicale et littéraire, de personnages de forte notabilité, parfois même des nobles (Théodore Puymaigre) ou grands propriétaires terriens (Félix Arnaudin) qui collectent sur une classe sociale inférieure, celle des paysans, des montagnards, et du sous-prolétariat agricole (valets de fermes, journaliers, brassiers, etc.).

Cette altérité sociale et culturelle va parfois engendrer un regard tellement distancié qu’il en devient presque méprisant, à l’instar de Lamarque de Plaisance pour qui les Bazadais sont méfiants, cupides, intéressés, lents dans leurs actes et dans leurs mouvements, inactifs, lourds… Rares, cependant, sont les jugements aussi sévères chez les anthologistes. En général, pour accentuer la différenciation culturelle, pour montrer que le fossé est grand entre le collecteur et ces « primitifs » (au sens de Naturvölker), on utilise les qualificatifs de « naïfs », « simples », « frais », « délicieux », etc. Enfin, pour rappeler, entre autres, l’infériorité sociale de la paysannerie, on parle bien volontiers de « nos paysans ».

Une autre tentation des collecteurs est de dresser un portrait irréel de la paysannerie, idyllique, tel Justin Cénac-Moncaut (Littérature populaire de la Gascogne, 1868) qui vante les mérites de « l’agriculteur laborieux qui s’enrichit aux dépens du vaniteux […], la supériorité de l’homme courageux et robuste… ».

Le rapport du collecteur lettré à son informateur « inculte » (entendez : dépositaire d’un savoir oral) prolonge la très ancienne métaphore des « bibliothèques vivantes » pour désigner ceux des informateurs qui sont les plus prolixes. Léopold Dardy, dont l’état d’ecclésiastique fait de lui un ardent défenseur du Livre, évoque « ce livre confus qui est la mémoire de toute une population, livre dont chaque personne est un feuillet, un chant, un proverbe, un récit plus difficiles à saisir que les lignes les plus rebelles des monuments paléographiques ».

Même si le phénomène est marginal, il convient de signaler, chez quelques collecteurs, un certain nombre de ruptures préalables avec des situations de notabilité, comme si le dualisme social et culturel qui oppose, généralement, les collecteurs aux informateurs, n’était pas systématique et, dans certains cas, était même un obstacle à l’élaboration de l’objet étudié et à la mise en place des modalités de l’enquête. Le fait de travailler sur des « incultes » et des « illettrés » impose parfois, comme le fait le Béarnais Frédéric Rivarès, de prendre ses distances avec les « savants », les « faiseurs de livres », univers décrié dont il fait pourtant partie… Dans certains cas, cette rupture culturelle se double d’une rupture sociale ou d’un changement d’état : Gaston Jourdanne (1858-1905) maire de Carcassonne, écrit son œuvre ethnographique (Contribution au folklore de l’Aude… ) suite à sa démission de ses fonctions de maire, pour motifs politiques. Jean-François Bladé décide aussi de démissionner de ses fonctions de magistrat pour se consacrer à son œuvre de folkloriste. Même chose pour Joseph Laporterie (Saint-Sever, 1850-1935), magistrat à la cour d’Appel de Bordeaux et Juge à Pau, qui démissionne en désaccord avec la politique religieuse du gouvernement et commence, seulement à ce moment-là, son œuvre d’ethnographe.

Les motivations des collecteurs : nostalgie et urgence

La plupart des collecteurs ne le cachent pas : la nostalgie, la rupture avec le présent, le retour sur un passé figé et immobile, est au cœur de leurs motivations. Ce passé est souvent un passé immédiat qui, faisant fi de la classique référence à la mémoire de « nos pères et nos aïeux », renvoie le collecteur à ses propres souvenirs, à l’évocation d’un entourage récemment disparu. Ce merveilleux passé, disparu à jamais, c’est celui de l’enfance heureuse peuplée d’un univers d’êtres chers aujourd’hui défunts. Le parallèle est très marqué entre la quête d’un passé mythique, d’une civilisation idéale où le temps serait suspendu, immobile, et l’interrogation, très humaine, de ces collecteurs qui se penchent sur leur propre histoire, au moment d’écrire leurs préfaces, c’est-à-dire de mettre un terme à leurs anthologies, à peu près toutes rédigées au soir de leur vie. A travers cette civilisation traditionnelle supposée immuable, ce sont eux-mêmes que ces collecteurs mettent en scène. « Plus j’avance dans ma tâche de collecteur de nos traditions populaires, plus je me sens entraîner au charme puissant du souvenir, à l’impérieux attrait de la terre natale, où j’aurais voulu vivre et mourir […] Les images du passé reviennent, gracieuses et fidèles… », écrit Bladé. Sans doute n’est-il pas fortuit que, sur les quatre préfaces qu’il a rédigées, Bladé ait daté celle du tome II de ses Poésies populaires de la Gascogne du « 2 novembre 1881, jour de la Fête des Morts », tout comme il a daté celle du tome I de ses Contes populaires de la Gascogne du « 2 novembre 1885, jour de la Fête des Morts ».

L’autre grande motivation qui a accompagné ces collecteurs tout au long de leur entreprise, c’est la notion d’urgence qu’il y avait à recueillir ces patrimoines, cette pensée qui consiste à déclarer un certain nombre de valeurs en danger de disparition étant une constante des époques connaissant des ruptures historiques (2). Bladé estime que « ces traditions sont encore assez nombreuses [1885] ; mais elles se perdent chaque jour. Il est donc urgent de fixer toutes celles qui présentent un véritable intérêt ». Dans une autre préface (1881), il précise : « Sans doute mes descriptions ont perdu maintenant une partie de leur vérité ; mais elles étaient encore exactes il y a vingt ans ». Déjà, en 1858, Cénac-Moncaut écrit : « Hâtons-nous de recueillir ce qui reste de récits instructifs et piquants… ». Même chose chez Lamarque de Plaisance : « Dans quelques années, toutes ces traditions populaires auront disparu » ou chez Marcel Lacroix, ou plus exactement chez son collaborateur Claudius Lacroix (son frère ou son père) : « Aban de bèze mouri acò [les chansons populaires] coumplètemén, an crézut qu’ère dèns noste débé d’amassa lou pauc qu’en damòre déns n`sote countarde… ». On trouvera des références identiques chez Lambert, Arnaudin, Fagot (alias Pierre Laroche). Jean Poueigh, en 1923, va développer ce thème du déclin « inéluctable » et désigner le coupable : « le soi-disant progrès civilisateur ». Seule capable de s’opposer à cette disparition programmée des répertoires populaires de tradition orale, l’œuvre de collecte est donc salutaire et salvatrice. Plusieurs des anthologistes vont donc réclamer la reconnaissance et la postérité. Poueigh « revendique comme un titre de gloire qui [lui] est plus cher qu’aucun autre, la fierté d’avoir dégagé le diamant de sa gangue et d’en avoir serti le prisme lumineux ». Louis Lambert déclare : « J’espère que l’on me saura gré d’avoir sauvé de l’oubli bien des chants qui, sans cela, auraient été perdus ». Quant à Bladé, c’est, ni plus ni moins, la postérité qu’il vise : « Peut-être ce pieux labeur sera-t-il un jour l’honneur de [mon] nom ? ».

Les collecteurs face à l’enquête Fortoul

Cette notion d’urgence, si prégnante dans le discours folkloriste du XIXe siècle, était déjà explicitement formulée dans les attendus du décret Fortoul : « Ces richesses que le temps emporte chaque jour disparaîtront bientôt, si l’on ne s’empresse de recueillir tant de témoignages touchants ». Ce décret, qui date du 13 septembre 1852, proposé par Hippolyte Fortoul, Ministre de l’Instruction Publique et des Cultes, et signé de Napoléon, ordonne la publication d’un Recueil général des poésies populaires de la France. Ce faisant, il correspond, non pas à la première tentative, mais à la première prise en compte officielle et politique d’une politique patrimoniale concernant la littérature orale. C’est précisément ce décret qui institua le Comité de la Langue, de l’Histoire et des Arts de la France, avec ses 212 correspondants en province qui avaient pour tâche de lui envoyer régulièrement des « gerbes » de chants fraîchement recueillis.

Dans quelle mesure les collecteurs de notre corpus furent-ils concernés, de près ou de loin, par cette initiative politique ? Sur les 61 collecteurs recensés, 10 ont été des correspondants du Comité institué par Fortoul. On constate néanmoins que, le plus souvent, les collecteurs ne font aucune allusion à ce cadre institutionnel. Paul Fagot est l’un des rares à le mentionner, surtout pour évoquer la carence de cette enquête sur le Haut-Languedoc. Bladé va se montrer très critique. Selon lui, non seulement le cadre de l’enquête est critiquable, mais son bilan reste très décevant : « Pour être vrai, je dois confesser que je ne pris pas fort au sérieux le décret du 13 octobre 1852. Je n’ai pas lieu de le regretter […] Ainsi, beaucoup de bruit pour une médiocre besogne, comme il ne manque jamais d’advenir, chaque fois que les gouvernements se mêlent de ce qui ne les regarde pas ».

La préoccupation esthétique des anthologistes

Le point de départ officiel de ce grand mouvement de collecte qui court tout au long du XIXe siècle est une série de décrets qui mettent tous l’accent sur l’intérêt littéraire de ces vastes plans de sauvetage. Celui-ci, venant s’ajouter à l’ancrage assez général des collecteurs dans l’élite lettrée, feront de leurs publications de collectes une véritable production littéraire, avant même toute considération musicale. Mais cette production littéraire demeure éloignée de la production littéraire orthodoxe de cette époque. On a beau la qualifier de « naïve », « touchante », « simple », pour prévenir les lecteurs que « nos paysans » ne sont pas des versificateurs chevronnés, il n’en demeure pas moins que tout n’est pas publiable tel quel. Au-delà de l’intérêt ethnographique, les auteurs font preuve d’une véritable préoccupation esthétique.

Il ont d’abord le souci de ne rien publier qui puisse choquer. Lamarque de Plaisance reconnaît qu’il a « dû passer sous silence […] l’obscénité de certaines expressions ». Concernant l’Albret, Léopold Dardy déclare : « Ce duché d’Albret […] garde dans sa langue […] de trop nombreuses productions qui ne sont pas dignes de publicité […] Je n’aurai pas à signaler dans mon recueil ce qui remonte à cette source… ». Arnaudin, aborde la question des textes licencieux de la façon suivante : « En raison de leur caractère franchement licencieux, j’ai été obligé de laisser de côté un certain nombre des chansons recueillies : je ne pouvais, en effet, songer un instant à me faire l’éditeur de grivoiseries de haut goût… ».

Cette préoccupation esthétique (et morale) se retrouve aussi, dans une moindre mesure, pour la musique. Frédéric Rivarès, à propos des chants populaires de son corpus, déclare : « Nous en possédons pourtant un grand nombre de très-curieuses dont la musique n’offre pas un mérite suffisant pour que j’aie cru devoir l’insérer dans ce recueil ». Ou encore, « Nous possédons un grand nombre d’airs en général peu remarquables par eux-mêmes ».

LE DISCOURS SUR LA CHANSON, LA MÉTHODE DE COLLECTE

La chanson populaire est atemporelle et ancienne

L’un des postulats romantiques est de considérer la culture traditionnelle comme atemporelle : elle est, en effet, le produit de la civilisation rurale dont la caractéristique principale est l’immuabilité. Pour les folkloristes, la corrélation est forte entre l’environnement de cette civilisation et son mode de vie, sa culture, ses manifestations. Si l’urbanité, en perpétuelle évolution, produit une civilisation et une culture inquiétantes car instables et en constant devenir, la ruralité engendre une civilisation stable, équilibrée, égale. Plus que tout autre, l’homme rural, et surtout l’homme montagnard, est marqué par son environnement naturel. Il est modelé par lui. Du même coup, sa culture est conditionnée par ces éléments atemporels qui le dépassent : « Il semble bien que la voix du montagnard soit l’émanation même de la montagne » écrit Jean Poueigh. L’homme est donc le produit de son environnement, c’est la nature qui l’a forgé, c’est elle qui conditionne sa production vocale et musicale, une musique qu’il possède naturellement et qui s’exprime parfois malgré lui : « Le goût inné de la musique, un sens artistique intuitif, développés par l’exubérance du cadre, mettent en valeur et rehaussent la voix, que la race du Midi a généralement belle et naturelle » affirme le même Poueigh un peu plus loin. Ce poncif est devenu, avec celui de l’ancienneté mythique, celui du courant folklorique dans son ensemble, jusqu’à une époque récente. Cécile Marie, dans son Anthologie de la chanson occitane, a écrit : « Nous avons pu constater que chaque province, chaque canton, a marqué l’archétype [c’est-à-dire une version modélisée] à l’image de son climat, de sa géographie, du tempérament propre à ses habitants. »

La chanson traditionnelle est alors « incontestablement très ancienne » (Rivarès) ; « son origine est lointaine et mystérieuse » (Gaston Guillaumié, Chansons et danses de Gascogne). Ces corpus sont d’autant plus anciens que la structure sociale est stable et pérenne : « Ces traditions lointaines que nos pères nous ont transmises à travers les âges, avec la flamme de vie, sont les racines profondes où plongent nos institutions et nos mœurs et notre indestructible spiritualisme » écrira Sylvain Trébucq.

Qui est à l’origine des chansons traditionnelles ?

Ce point, qui est celui de l’élaboration des chansons populaires, est certainement celui qui divisa le plus les folkloristes, comme l’a bien montré Jean-Michel Guilcher (3). Cependant, chez les collecteurs languedociens et gascons dont il est question ici, ce débat fut assez consensuel. Grosso modo, trois théories s’élaborèrent entre la fin du XVIIIe et le XIXe siècles, sur cette genèse supposée.

La première est la théorie dite « romantique ». Elle postule que la civilisation rurale traditionnelle, que les folkloristes appellent « le peuple » (quelle réalité recouvre ce terme ? ethnique ? sociale ? culturelle ?), est un creuset permanent pour une production traditionnelle de l’oralité. La chanson y naît collectivement, spontanément ; elle s’y développe et s’y enrichit. Cette théorie s’élabore en Angleterre et dans les pays scandinaves dans le courant du XVIIIe siècle, puis se répand en Allemagne, avant de gagner l’Europe sous l’influence des frères Grimm.


Date de création : 22/09/2005 @ 20:08
Dernière modification : 21/10/2005 @ 01:17
Catégorie : Conférences
Page lue 2911 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article


Réactions à cet article


Réaction n°5 

par beladona le 27/05/2009 @ 13:28

Cavalié et J.F.Tisner, (soutien Réseau en Scène LR)
waterless cookware - naot sandals - sunbed tanning

Réaction n°4 

par beladona le 23/05/2009 @ 13:48

spostulats romantiques est de considИrer la culture traditionnelle commeatemporelle : elle est, en effet, le produit de la civilisation ruraledont la caractИristique
indoor tanning lotion - sunbed tanning - tanning bulbs - tanning bed lotion

Réaction n°3 

par zulla le 16/05/2009 @ 17:45

teva sandalen - zwaarden sandalen - buffalo schuhe - deichmann schuhe

Réaction n°2 

par halloween le 16/09/2008 @ 22:30

Dark Knight halloween costumes | halloween costumes for kids | easy halloween costume ideas | halloween adult costumes | cheap halloween costumes | dog halloween costumes | panda halloween costumes

Réaction n°1 

par FrancineBReeves le 21/08/2006 @ 03:36

Où est la fin de cet article ? Pourquoi n'a-t-il pas été mis en ligne au complet ? A-t-il été publié au complet ailleurs ? Quel est le but de ne publier qu'une moitié d'article ?
Merci de votre réponse

Recherche



Membres

Se reconnecter
---

Votre nom (ou pseudo) :

Votre code secret


 Nombre de membres 5 membres


Connectés :

( personne )
Lettre d'information
Pour avoir des nouvelles de ce site, inscrivez-vous à notre Newsletter.
S'abonner
Se désabonner
171 Abonnés
Nouvelles d'Ailleurs
Ce site a été vu par

   visiteurs

   visiteurs en ligne

^ Haut ^