Texte à méditer :  Qui canta, pensa.
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Capdeville Claudine exposera en 2010 dans les rues de Fabrezan ses photographies sur        Le Regard Eloigné, s'ajoutant à celles d'Anne Montaut, Éric Sinatora, David Samblanet et Francis Porras.

Les ateliers de Cépages d'Encre autour de Tony Harrison et C.Guerre prépareront la venue du poète Claude Guerre le 15 mai.

L'atelier du Grand Chahut Collectif est ouvert à tous ceux de 7 à 12 ans qui veulent participer à cette création musicale.

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"Anxieux Dézoreilles 1er" conte électroacoustique d'Henri Demillecamps et Bernadette Boucher (ils sont de retour de Normandie !) tournée2010 

"Requiem; les 7 Visions" d'André Dion (voir note), disponible

"Le Dernier Sonnailleur" (extrait vidéo) d'André Dion, avec L.Cavalié, J.F.Tisner, Benat Achiary, Christian Coulomb (soutien Réseau en Scène LR),
le CD est sorti !     10 € frais de port compris le_greca@yahoo.fr  concert prévu le 22 août 2010 à Nay

"Aucassin et Nicolette"d'André Dion,disponible

"Symphonie 1 DO €"  d'André Dion, intégrale, disponible

Les classes découvertes acousmatiques continuent sur Leucate, avril, mai, juin 2010

André Dion dirige la classe électroacoustique du CRR d'Amiens où il donne des concerts : Cathédrale, Cirque Jules Vernes, Bibliothèque Aragon, Musée, etc...

Co-production pour le ballet Fuite, F8 d'Angélique Maunier, musique Charles Doublet

Conférences - Mireille Lauze, psychanalyste 2005

Conférence de Mireille Lauze,

psychanalyste

le 04 septembre 2005, 16h

Festival du Son MiRé, Journées Haut-Parlantes 2005

Sens et sons….sang et sonsse

J’ai lu cet été, sur une feuille collée sur le tronc d’un platane à Villandraut où a été obligé de se déplacer cette année Uzeste Musical, une phrase citée dans un article de André Minvielle et attribuée à Jacques Derrida. Je vous la livre parce qu’elle m’a troublée, mais il faudra en vérifier l’origine et la remettre dans son contexte :  « l’accent, quelque accent français que ce soit et avant tout le fort accent méridional, me paraît incompatible avec la dignité d’une parole publique. Incompatible à priori avec la vocation d’une parole poétique ».

Nous sommes à Fabrezan, entre Béziers, ville où je suis née, et Carcassonne, une des villes où je vis…. Et mon accent persiste, même s’il a déclenché les rires d’un public parisien il y a quelques années…. Avec cette phrase de Derrida, et dans la perspective de ces journées, je me suis mise à penser que l’accent est un son de la langue… l’accent sent le son… Le corps, par l’oreille, cet orifice qui ne se clôt pas même si parfois est bouché, est sensible à ce parfum de parole…

Nous allons embarquer, avec mon accent, et si vous n’avez pas trop peur de vous mouiller, sur mon radeau… embarcation précaire qui se bricole et qui dérive… Le bricolage c’est de la pensée ensauvagée, fuyant les idées dominantes… se laissant dériver, glisser vers un peu de délire, hors des sillons…

Ce radeau je l’emprunte à Fernand Deligny qui l’utilisait pour parler de sa tentative de « présence proche » auprès de ces « gamins-là », les « autistes ». Un radeau, « quand s’abattent des montagnes d’eau, l’eau passe à travers »… A trop vouloir être étanche, à vouloir tout retenir, on coule… On peut imaginer que le radeau ne retient que quelques débris, coquillages, morceaux de bois, algues… voire quelques poissons… Si vous êtes naufragés, ça peut être utile…

Cette image de Deligny je la rapproche d’une de Jacques Lacan : la passoire. Il y a dans l’enfant une passoire qui ne retient du langage que les débris, sa matière, et c’est avec ces détritus sonores que l’on parle. Parce qu’ils se chargent de sens pour faire mots. Mais l’humain n’est pas fait que de mots… et aux paroles entendues et dites se mêlent des éclats… de voix, un souffle de vent, des stridulations de cigales, des chuintements de vagues, des bruits énigmatiques…. Liste singulière à chacun…

Sens et sons m’avait demandé André Dion… et plusieurs fois, en parlant avec d’autres, j’ai répété le lapsus « sen et sonse »… Et voilà une question : s’en/tendent des sons/ dont /on se/ dit que /ce sont/ des mots … quels mots ? … Sonsssse devient un son … bruit complexe sans sens… Sens’écrit comment ?

S. e. n. s. a .n. s .a. n. g…

Sang : John Cage en 1951 : dans caisson d’isolation sensorielle il entend 2 sons, un aigu, un grave : influx du système nerveux et passage du sang dans les veines et artères …

le son du sang…

Jacques Lacan lui parlait du vert sang du sens… du versant du sens… où fleurissent les illusions que le monde est tout entier contenu dans les mots.

Si le sang m’est venu sur le bout de la langue et l’a fait fourcher, c’est que peut-être le son de ces mots m’a mordue pour m’en rappeler le corps…

Un corps sonore…

Pierre Schaeffer : un corps sonore est tout objet ou partie d’objet pouvant être mis directement ou indirectement en vibration pour produire un son.

je détourne, peut-être faussement mais peu m’importe… la proposition de Schaeffer vers un corps vivant, humain, comme corps sonore et ce pour deux raisons :

La première : le corps produit du son. La voix est faite en partie des mises en vibrations des cordes vocales. Dans la langue du corps la bouche, cavité de dureté et de souplesse traversée du souffle, serait l’unique source d’un son … le son de la voix… mais pas son des intestins ni son du coeur qui sont dits  bruits… auxquels il est toujours possible de donner un nom : gargouillis, battements… J’évoque seulement ces autres souffles parfois sonores que sont le rôt et le pet… et ces autres encore que sont les râles, soupirs, gémissements… ( l’enregistrement de ces bruits et l’association à d’autres les transformeraient-ils en sons ? )

Tristan Tzara en 1920 : « la pensée se fait dans la bouche »… creuset commun au sens et au son, jointure du corps et des mots… Vous savez que le tremblement de la voix est tremblement du corps sous l’impact d’une émotion qui vient mettre en tension et faire vibrer les muscles, les nerfs…écho dans les viscères les os… résonance, qui est l’effet de ce qui se répercute, certains disent sur l’esprit, d’autres dans le corps… Alors que la question importante est l’entremêlement des deux…. Leur malaxage…

Qu’un son extérieur au corps produise un son intérieur est la seconde réson… abréviation de résonance proposée par Francis Ponge pour faire vibrer la raison raisonnable et susciter un tremblement de la certitude. Certitude qui peut si facilement se coller au sens pour en faire un sens unique qui implique forcément un sens interdit… Où est à s’entendre l’équivoque de ce petit mot s.e.n.s… équivoque justement à laisser résonner pour ne pas la figer dans un sens qui rendrait raison.

Et que deviendrions-nous si nous étaient interdits quatre de nos sens ?

J’ai vu un homme pleurer en entendant un vibrato de guitare électrique…

corps caisse de résonance, amplification de la rencontre entre un son propagé dans l’espace et un son logé dans cette part du corps « qui n’a jamais pris langue » (Bernard Noël) et qui prend corps dans les larmes.

Pour Jan Fabre qui a monté cet été en Avignon « Histoire des larmes » pleurer est une autre manière de voir d’entendre et de parler. Pourquoi faudrait-il parler sur ce qui est dire hors les mots ? Pourquoi faudrait-il à ces larmes leur donner un autre sens, cette « petite peinturlure »  qui masque ce qui cause nos désirs ? Il s’agit de percevoir le son comme le signe d’un effet, une ponctuation énigmatique que le sens n’épuisera pas.

Ce qui ne veut pas dire que le son n’a pas de lien avec la pensée… Lu sur un tee-shirt à Marciac (la lecture ne se fait pas que dans les livres) : « la musique c’est du bruit qui pense »…

Le son est impalpable et pourtant il touche, frotte, caresse, percute, pénètre, transperce… Il vient parfois réveiller le corps que l’on ne savait pas sonore. Ce réveil a pour lieu l’écart entre le son perçu et le sens donné. Ne pas combler cet écart pour que ça vibre !

Gérard Manciet parlait d’un silence qui aboie et pour John Cage le silence est un bruissement incessant que nous n’écoutons pas. Et c’est le langage qui peut faire écran à cette écoute.

Alors écoutons notre corps sonore…

Pour l’homme dont je parlais le vibrato de guitare électrique est le révélateur d’un vibrato jamais joué, jamais entendu, mais créé et perçu dans l’intérieur du corps comme un cri de liberté.

Tel est le meurtre de l’image, sous le coup de ce qui est inutilement visible et chargé J’ai vu-entendu dans les carrières de Junas un batteur dont le cri ne sortait pas de sa bouche grand ouverte mais de ses mains baguettes. Etrange expérience : la voix semblait inverser le sens de son trajet : non pas remontant avec le souffle à partir des poumons par la gorge jusqu’à la bouche mais venant d’où ? elle descendait de la bouche aux épaules et par les bras jusqu’aux baguettes.

J’ai entendu une femme lire à haute voix un poème de Gherasim Luca dont Gilles Deleuze dit qu’il fait vibrer la langue … encore de la vibration…J’entends cette langue et je suis prise de vertige : je n’entends plus des mots mais des blocs de corps qui bégaient soufflent et crient. Et le corps est alors dans une terrible présence vibrante. Et ce sont les sens corporels qui sont là ébranlés avec l’ébranlement du sens de la langue.

Je retourne la boîte de l’ange dans mon double tombeau craquant

you dou bebror

tarfisha

ja ja ta fir jarry

et je

ta ta kantan

dartirta

ta ta kantan

darti

et je

ja ja ja

j’appelle

ani

Ce sont des syllabes inventées par Antonin Artaud pour tordre les lois du langage… mon ordinateur, bête car univoque, m’a conseillé d’installer le correcteur d’orthographe du néerlandais…

Alors que pour parler mieux vaut avoir conserver un peu de cette jubilation de jouer avec les sons, d’inventer des assemblages insensés, de transgresser cette langue que l’on dit maternelle… Ne vous souvenez-vous pas de la joie de jouer avec des cailloux, des bouts de bois, des brins d’herbe, de la boue ?.... Manions encore parfois les sons de la langue les mots de la langue comme ces débris de matière…

Tenter de se maintenir sur ce plan de dire et d’écoute c’est résister à la tendance forcenée du cerveau qui veut toujours déceler un sens à ce qu’il entend. Le cerveau est limité nous chantait cet été Bernard Lubat. Exerçons nous à ouïr sans entrave ! L’entrave du son peut être un sens langagier trop vite appliqué. Le cerveau, il en veut tellement du sens, qu’il est capable de traduire une série de sons aléatoires en un assemblage de mots combinés, de créer des illusions verbales, des mots fantômes. Comme le membre de l’amputé.

Des fantômes, Stanley Cavell aussi en parle dans son texte « silence bruits voix » : il dit que ces mots nomment les « préoccupations perceptuelles d’un enfant dans une maison hantée »… Laissons-nous hanter par les sons, laissons-nous prendre par les sens comme Josée Manenti, cinéaste du film de Deligny « Le moindre geste », nous disait se laisser prendre par l’image qu’elle filmait, qu’elle camérait disait Deligny …. Etre pris plutôt qu’être preneur… d’images ou de sons…

Nous arriverons alors peut-être à faire consonner la parole dans le corps, le corps et les sens et les sons, et à atteindre un non-sens qui dévie du bon sens commun pour tracer un chemin sonore singulier à chacun.

Ce chemin n’est pas celui bien nettoyé d’un jardin à la française mais plutôt d’un sentier en poésie parcouru d’animaux sauvages qui y accrochent quelques poils aux fourrés, qui y perdent quelques plumes ou quelques mues, qui se cherchent entre eux pour se battre ou pour s’aimer, qui y déposent leurs déjections…

Car même s’il y a lieu de faire chanter la langue il n’y a pas lieu de la nettoyer de ses débris sonores…

Malaxer le langage et la vibrante matière sonore corporelle… et maintenir ouvert le hiatus sonsésens.

Mireille Lauze, psychanalyste.

Quelques mots de Jacques Lacan...                                   comportementalisme


Date de création : 22/09/2005 @ 20:03
Dernière modification : 09/06/2009 @ 16:47
Catégorie : Conférences
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par michelmulleras le 17/04/2006 @ 18:25

mon amie enfin retrouvée jusque dans les recoins de ta pensée et de la mienne, j'aimerais bien te revoir !

 à bientôt

 michel


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